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2005 - Sacerdoce du Christ, sacerdoce des chrétiens

2e Colloque Marie de la Trinité

Du 2 au 4 décembre 2005, au Séminaire des Missions, Centre d’accueil spiritain, à Chevilly-la-Rue.

 Thèmes traités :

* « Le sacerdoce des baptisés dans la théologie chrétienne », P. P.Philibert o.p (Université de Fribourg)

* « L’originalité de la pensée de Marie de La Trinité sur le sacerdoce des baptisés », P. P. Philibert, o.p.

* « Sacerdoce et sacrifice chez Marie de La Trinité, un éclairage thomiste », P. C. de Belloy, o.p.

* « Saint Joseph et Marie de La Trinité », lecture spirituelle de Anne et Gérard Pfister, Dr des Editions Arfuyen.

* « Réflexion sur le sacerdoce ministériel et le sacerdoce des laïcs, à partir de l’Evangile », Ch. Schmitt.

 Le thème saillant du sacerdoce des chrétiens.

Au fur et à mesure de la lecture exhaustive des Carnets de Marie de La Trinité et du travail de groupes de recherches, notamment, le thème de la filiation et du sacerdoce des chrétiens s’est révélé saillant chez Marie de La Trinité. C’est pourquoi un second colloque s’est trouvé réuni avec le thème : « Sacerdoce du Christ, sacerdoce des chrétiens ».

 Quel sens donné au sacerdoce des baptisés ?

Une première conférence de Paul Philibert, o.p. (Université de Fribourg), intitulée « Le sacerdoce des baptisés dans la théologie chrétienne » a permis d’entrer d’emblée dans le vif du sujet, à partir de la réflexion du Père Yves Congar, sur le sens du sacerdoce chrétien, exprimée dans une formule brève : « Un seul est prêtre (hiereus) ; tous sont prêtre (hiereus – au singulier) ; quelques uns sont prêtres presbuteroi »,dans « Etudes et approches ecclésiologiques », Paris, Ed. du Cerf. Coll « Unam Sanctam » 41, 1963, p.249. Avec le souci de clarifier cette formule du Père Congar, le but du Père Philibert a été de donner un contexte théologique à la pensée de Marie de La Trinité en s’appuyant notamment sur l’Ecriture, et la Tradition, à partir de la Lettre aux Hébreux, de la première Epître de Pierre ainsi que sur les paragraphes 10 et 34 de Lumen Gentium.

Selon le Père Philibert, « la doctrine de Marie de La Trinité a été prophétique pour son temps, cohérente avec l’évolution de la théologie conciliaire et postconciliaire et toujours valable pour nous aider à intérioriser la signification de notre dignité chrétienne ». Pour lui, Marie de La Trinité, par sa doctrine, contribue à « la valorisation spirituelle de toute dimension de la vie humaine en l’offrant comme sacrifice spirituel au Père, dans le Christ ».

 Marie de La Trinité, prophète pour notre temps.

Dans une seconde conférence, le Père Philibert, a souligné « l’originalité de la pensée de Marie de La Trinité sur le sacerdoce des baptisés », en relevant l’intuition qui la guidera, alors qu’elle est toute attentive à ce que lui dit intérieurement le Seigneur : « consacre-moi à ma Gloire… » (…) « dans mon sacerdoce » (cf. « le petit livre des grâces », Ed Arfuyen, 2002, p.79). Cette parole, reçue par Marie de La Trinité le samedi saint 1941, est en pleine convergence avec les travaux menés alors par le Père Congar et ce qui sera en travail lors du Concile Vatican II. Aussi, le Père Philibert a cherché à montrer ce qu’il percevait de la théologie de Marie de La Trinité quant au « sacerdoce commun, en évaluant son importance pour la théologie spirituelle de notre temps ».

Parmi les principaux aspects sur le sacerdoce commun, retenus chez Marie de La Trinité, par le Père Philibert, il est à noter celui « du sacerdoce du Christ, par lequel le Père reçoit tout honneur et toute gloire » (in « Le petit livre des grâces », p.80), avec la spécificité d’une dimension cosmique, perçue intérieurement, exprimée dans les Carnets.

 « Une vocation d’union au sacerdoce du Christ ».

La jeune dominicaine des campagnes indique que cette participation relève d’une disposition, au point d’y recevoir sa propre vocation : « J’ai reçu la certitude que Dieu m’appelle, moi, à une vocation très haute…Cette vocation concerne le sacerdoce du Christ, et l’union à ce sacerdoce » (Ibid. p86-87). Cet appel, souligné lors de cette conférence, indique le caractère propre de la vocation de Marie de La Trinité, qui la reçoit et s’y attachera, au travers des épreuves et jusqu’à en goûter la plénitude au terme de sa vie à la Cambuse, où elle se retire, à Flavigny. Il s’agit d’une « invitation à se joindre d’elle-même à l’acte du Christ auprès de son Père » a précisé le Père Philibert, en citant notamment Marie de La Trinité : « Je crois que tout ce que Dieu me demande est de Le laisser faire : très attentive, très passive – et seulement après active, dans sa ligne » (Ibid. p.90).

Cet appel est une ouverture à l’Esprit Saint, afin de devenir « maniable et souple » et de « répondre à la moindre touche des dons divins », a précisé le Père Philibert. Marie de La Trinité se distingue par l’expérience qu’elle a faite de cette relation à travers les grâces qu’elle a reçues et l’engagement à en donner l’expression, au fur et à mesure que le Seigneur le lui demande. « Elle se laisse sans réserve se donner à ce que le Christ fait, voit, et prie en elle par l’action de son Esprit ».

 Un « sacerdoce réel, personnel, pour être vécu ».

Une dimension particulière est donnée par Marie de La Trinité à cette participation du fidèle au sacerdoce du Christ. Elle se traduit par l’expression de « sacerdoce réel, personnel, pour être vécu » ( ibid p.104). Au terme de sa conférence, le Père Philibert a rapproché cette indication de celle du Père Congar qui parle de « sacerdoce spirituel-réel » dans son ouvrage « Jalons pour une théologie », p. 250 « celui dont nous sommes prêtres au titre de la sainteté » qui « se réalise et s’exerce dans l’offrande de tout ce que nous pouvons faire pour nous mettre en ordre véritable vis-à-vis de Dieu ».

De cette spécificité de l’expérience de Marie de La Trinité, découle une réflexion sur le corps humain : « c’est donc par rapport à l’ordre créé, et selon le sacerdoce qu’il faut se comporter à son sujet et l’utiliser pour la gloire du Père, en fonction et au service du sacerdoce… » (in « Filiation et sacerdoce », p.142-143) a rappelé le Père Philibert au terme de sa conférence, avant de conclure en suggérant que « l’enseignement de Marie de La Trinité peut devenir tout particulièrement fructueux pour l’Eglise », pour « un renouveau intérieur et spirituel du peuple de Dieu ».

 Sacerdoce et sacrifice en perspective de vie éternelle.

Puis le Père Camille de Belloy, o.p a situé la pensée de Marie de La Trinité sur le thème de ce colloque avec une conférence intitulée : « sacerdoce et sacrifice chez Marie de La Trinité, un éclairage thomiste ».

Dans cet exposé le Père de Belloy a entrepris « d’éclairer, à la lumière de la doctrine thomiste, certaines notions ou articulations théologiques » que les écrits de Marie de La Trinité « mettent en œuvre », comme : « le lien étroit (…) que Marie de La Trinité semble établir à longueur de temps entre le sacerdoce (du Christ et des chrétiens) et le sacrifice ? Peut-on « déceler une affinité réelle entre la réflexion spéculative de Thomas d’Aquin et l’œuvre mystique de Marie de La Trinité ? »

Pour répondre à ces questions, le Père de Belloy a examiné successivement trois grands aspects de l’unique sacerdoce du Christ : « le sacerdoce vu comme médiation, puis, le cœur du sujet, ce que Marie de La Trinité appelle « le sacerdoce d’immolation » et enfin, le « sacerdoce de gloire ».

 Le sacerdoce de médiation.

Rappelant que Saint Thomas était le seul maître, parmi ses contemporains, à avoir consacré une question entière et propre au sacerdoce du Christ, dans sa Somme de théologie, IIIa pars, question 22, le Père de Belloy a distingué son approche comme sacerdoce des prêtres, désignée comme « fonction ministérielle », de celle de Marie de La Trinité, qui tout en en percevant la dimension, parle de son appel propre comme étant « aspirée au-dedans du mystère » du sacerdoce du Christ, pour s’y « livrer et entrer en participation de ce qu’il a de plus intérieur… », écrit-elle, « plus je serai en réponse à ma vocation… »

 Le sacerdoce d’immolation.

Saint Thomas d’Aquin, à la suite de Saint Augustin, a rappelé le Père Belloy, a lui-même médité, dans cette question 22, sur l’immolation du Christ, en son sacerdoce. L’essentiel du sacrifice résidant dans l’acte intérieur, « l’acceptation libre de sa mort par le Christ a bien valeur de pure offrande sacrificielle, car elle se trouve tout entière commandée par son amour pour les hommes ses frères », a précisé le Père de Belloy, d’après Saint Thomas d’Aquin. Marie de La Trinité, quant à elle, s’exprime ainsi : « ce qui est essentiel au sacerdoce, c’est d’immoler par l’esprit [ …] Et il peut bien y avoir distinction entre le sacerdoce qui immole par le dedans et les causes prochaines extérieures de l’immolation : car c’est manifeste dans la Passion du Christ […], Toute la valeur de ce sacrifice venait du dedans », (4 novembre 1941).

L’acte intérieur consiste, selon Saint Thomas en un « sacrifice invisible par lequel l’homme offre à Dieu son esprit, selon ce verset du Psaume (50,19) : le sacrifice à Dieu, c’est un esprit brisé. » Et c’est pourquoi on peut nommer sacrifice tout ce qui est offert à Dieu en vue de porter l’esprit de l’homme vers Dieu » (ST III, q 22,a,2). Saint Augustin, auquel se réfère Saint Thomas d’Aquin, écrit : « le vrai sacrifice est toute œuvre qui contribue à nous unir à Dieu dans une sainte communion (sancta sociétate), à savoir toute œuvre rapportée à ce bien suprême grâce auquel nous pouvons être véritablement heureux » (in La Cité de Dieu,X, VI, BA 34, p.445).

« L’acte du sacrifice (…) est défini positivement comme une œuvre de communion, orientée de l’intérieur vers sa finalité, qui est l’union intime et bienheureuse avec Dieu » a souligné le Père de Belloy, avant de préciser ce qu’est l’immolation : « l’action propre qui transforme en profondeur l’offrande pour la faire passer de sa finalité naturelle à une finalité suprême » (…) l’immolation ne trouve sa finalité que dans le sacrifice intérieur qui vise l’union intime avec Dieu, à la « sainte société avec Dieu ». Pour Marie de La Trinité, « l’immolation n’est autre chose que la perte volontaire de la propre finalité (la finalité particulière, spécifique de chaque être) – pour passer librement, exclusivement et effectivement à la finalité de la gloire de Dieu. Et à partir de là (…) l’action du Père devient prédominante – mais ce qui précède [l’immolation] revient en propre au sacerdoce », ainsi qu’elle l’écrit dans ses Carnets, le 9 septembre 1941. Il est intéressant de noter qu’ici, il s’agit d’un passage de l’offrande en référence au Père. Il y a ici comme un mystère d’Ascension, qui transfigure l’immolation en participation à la gloire, dans le sein du Père. Le Père de Belloy en vient à signaler que « l’expérience mystique et les lumières prophétiques reçues par Marie de La Trinité sur sa participation personnelle au sacerdoce du Christ dans l’offrande et l’immolation trouvent donc non seulement un écho, mais une garantie solide et une puissante confirmation du côté de la réflexion théologique la plus structurée, depuis Saint Thomas d’Aquin jusqu’au Père Congar ».

 Le sacerdoce de gloire.

Nous sommes ainsi conduits à aborder le sacerdoce de gloire, évoqué avec vigueur par Marie de La Trinité. Il s’agit, selon le Père de Belloy d’un « dynamisme interne qui conduit le sacerdoce d’immolation à s’accomplir en sacerdoce de gloire ». C’est d’abord le Christ qui l’opère, selon son propre sacerdoce et dans l’unité de sa Personne, a indiqué le Père de Belloy.

Marie de La Trinité indique un ordre dans les opérations de l’unique sacerdoce du Christ : « l’expiation, la restauration, et l’immolation (le 24 mars 1942). Mais il y a aussi les opérations du sacerdoce de gloire que sont l’action de grâce et la louange, aboutissant à l’adoration de Dieu, sommet de l’activité sacerdotale, où le sacerdoce du Christ rejoint en fait sa filiation, puisqu’il est passé de l’abîme créé et souillé du péché à un autre abîme, abîme de sainteté incréée qui est le sein du Père » a rappelé le Père de Belloy.

En fait, nous entrons progressivement avec saint Thomas d’Aquin et Marie de La Trinité, dans la perspective de la « consommation » de l’oblation du sacerdoce du Christ, qui est éternelle. Ainsi, la fin ultime de l’immolation est bien l’union parfaite avec Dieu dans la gloire céleste. N’est pas ce que Marie de La Trinité appelle le sacerdoce de gloire ? Ainsi, avec Marie de La Trinité, nous dit le Père de Belloy, nous « pouvons lire et entrer plus profondément dans la doctrine de Saint Thomas d’Aquin qui écrivait : « le Christ est entré dans le Saint des Saints, c’est-à-dire dans le ciel même, et il nous a frayé la voie pour que nous y entrions par la vertu de son sang qu’il a répandu sur la terre » (STIII, q 22,a,5).

Nous voyons qu’au fil de son exposé, le Père de Belloy nous conduit à apprécier les catégories de Marie de La Trinité, en vis-à-vis de celles de Saint Thomas d’Aquin et de Saint Augustin, pour exprimer combien cette gloire que nous sommes destinée à vivre est en « dépendance éternelle du sacerdoce du Christ ».

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