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6 août - Transfiguration du Seigneur

La Transfiguration dans l’Évangile selon saint Luc 9, 28-36

"Et voici qu’environ huit jours après avoir prononcé ces paroles, Jésus prit avec lui Pierre, Jean et Jacques, et il alla sur la montagne pour prier. Pendant qu’il priait, son visage apparut tout autre, ses vêtements devinrent d’une blancheur éclatante. Et deux hommes s’entretenaient avec lui : c’étaient Moïse et Élie, apparus dans la gloire. Ils parlaient de son départ qui allait se réaliser à Jérusalem. Pierre et ses compagnons étaient accablés de sommeil ; mais, se réveillant, ils virent la gloire de Jésus, et les deux hommes à ses côtés. Ces derniers s’en allaient, quand Pierre dit à Jésus : « Maître, il est heureux que nous soyons ici ! Dressons donc trois tentes : une pour toi, une pour Moïse, et une pour Élie. » Il ne savait pas ce qu’il disait.
Pierre n’avait pas fini de parler, qu’une nuée survint et les couvrit de son ombre ; ils furent saisis de frayeur lorsqu’ils y pénétrèrent. Et, de la nuée, une voix se fit entendre : « Celui-ci est mon Fils, celui que j’ai choisi, écoutez-le. » Quand la voix eut retenti, on ne vit plus que Jésus seul. Les disciples gardèrent le silence et, de ce qu’ils avaient vu, ils ne dirent rien à personne à ce moment-là."

LES CARNETS DE MARIE DE LA TRINITE

1941, Larreule (Hautes Pyrénées) – mercredi 6 août.

Transfiguration – Saisi le lien très évident entre la grâce du 11 août 1929 et celle de l’octave de la Très Sainte Trinité sur le sacerdoce des 14-15 juin 1941.
Je me sens référée au Père par le sacerdoce en lequel le Fils daigne m’assumer dans une union permanente ; et, comme Il m’avait donné d’expérimenter la Filiation divine, selon sa relation au Père, Il me donne d’expérimenter son sacerdoce.
Comme Il me donne aussi d’expérimenter en moi-même la Vie divine en elle-même : Vie qui est simple – ainsi Il me donne d’expérimenter les opérations de son sacerdoce, qui sont diverses, mais procèdent de l’unité d’un seul principe, qui est ce sacerdoce, et se réfèrent à un seul terme, qui est le Père – et la Déité.
La Filiation reçoit du sacerdoce de pénétrer l’abîme du péché – et le sacerdoce reçoit de la filiation de pénétrer in sinu Patris Jn 1 18
Je me sens assumée en ce sacerdoce, principalement selon sa relation au Père – appelée à demeurer en la filiation et le sacerdoce du Christ (à demeurer au dedans de – et pas seulement en communication avec).
Cela n’est pas selon l’ordre sacramentel, adapté aux exigences humaines, mais selon un ordre tout intérieur, purement ordonné au Père.

« Porte-moi en toi, moi qui te porte dans le Père. »


moi : Fils et Prêtre (– porte en toi mes états, et produis mes actes.)
_ (Carnets, I. Les grandes grâces (11 août 1929 – 2 février 1942), Cerf, 2009, p.226)

1942, Larreule – mercredi 5 août, [vigiles de la Transfiguration]

Transfiguration – Tout s’y passe manifestement en vue de notre instruction. C’est comme la synthèse des plus vastes mystères de notre foi, le point culminant de leur manifestation à nous, et de leurs relations mutuelles dans le Verbe Incarné et, par suite, en nous. C’est là tout le mystère de l’Incarnation Rédemptrice divinisante clairement énoncé – et celui de la Filiation et du sacerdoce aussi clairement manifesté.
La face brillante, comme le soleil, signifie le don de Filiation, le vêtement éclatant comme la lumière signifie la splendeur du sacerdoce. _ Le vêtement est vu là comme des yeux mêmes de Dieu qui, en effet, est seul à percevoir en nous ses dons tels qu’ils sont. C’est même comme au travers des dons que le Père nous voit, c’est pourquoi ils sont ici figurés par ce qui paraît au-dehors : le visage et le vêtement.
Il est possible que ce vêtement éblouissant de clarté, à la Transfiguration, ait été celui-là même qui, à la Passion, fut maculé de Sang, neuf mois s’étant écoulée de la Transfiguration à la Passion ; car il n’y a qu’un seul sacerdoce : sacerdoce de gloire béatifiant, et sacerdoce de la terre crucifiant : c’est un seul.

Jeudi 6 août
Transfiguration – « Comme il parlait encore, voici qu’une nuée lumineuse les couvrit de son ombre. » Mt 17, 5 – « et ils furent saisis de peur en entrant dans la nuée. » Lc 9, 34.
Dans la Transfiguration, le sacerdoce est signifié par le vêtement, parce qu’il s’adapte à toute la nature telle qu’elle est, et revêt sa forme, tout en lui imprimant la sienne. Il revêt sa forme naturelle, et lui imprime sa forme spirituelle – car la nature humaine se trouve revêtue des propriétés du sacerdoce, ainsi que toute son activité.
La gloire, l’adoration, la louange, l’action de grâces, sont activité sacerdotale. Ce qui est don de Filiation, c’est la vue directe, dans le face à face qui pénètre la substance même […]
C’est rareté que les âmes jouissent par expérience du don de Filiation, qui est le seul dont on leur parle et qui n’est à l’aise, pour ses développements, que dans une âme pleinement purifiée et référée de façon permanente, par le don de sacerdoce. Il semble que si les âmes étaient mieux instruites du sacerdoce réel, plus grand serait le nombre de celles qui seraient élevées aux expériences de la Filiation.
Ce n’est pas le don de Dieu qui est fait avec parcimonie (c’est impossible au Père d’être parcimonieux), mais c’est par suite de l’insuffisante préparation des âmes, qui ne sont pas adaptées à la Filiation ; et c’est là très précisément l’œuvre du sacerdoce réel.

« Ta vocation est vocation sacerdotale ;
prends-en bien conscience, pleine conscience,
et fais toi-même tout ce que tu peux
pour t’y fixer, et y être fidèle. »

La sainteté n’est pas dans le sacerdoce ordonné, puisqu’on peut être saint sans cette forme de participation au sacerdoce du Christ. Mais le sacerdoce réel est nécessaire à la sainteté ; ce n’est cependant pas lui qui la constitue formellement : il est une causalité formelle, et exemplaire, et instrumentale secondaire de la sainteté dans l’âme – sous la causalité première de la Filiation. […]
Et le Père agissait dans ma substance comme un propriétaire, et selon sa Propriété Personnelle, qui est sa Paternité – ce n’est pas la même chose que d’être Père : c’en est l’acte même ; et c’est l’expérience même de cet acte, cela même en moi, et sur moi, qui m’a été donné, en cette fête de Transfiguration
Quand il plaît au Père d’en agir ainsi, cela provoque une intense douleur de n’être qu’une pauvre petite nature humaine ; car ces choses devraient ne se passer qu’au sein de la nature divine, et dans l’élévation et la splendeur de son mystère.
Et il faut un extrême courage pour acquiescer à ces choses en soi-même : un courage sur soi-même, et un courage vers le Père – et aussi pour acquiescer librement, volontairement, aux délices de cette union – délices auxquelles il est si inconvenant que la nature humaine soit conviée.
L’attitude sacerdotale suppose un effort permanent de référence au Père, d’une nature qui sans cesse tend à retomber sur elle-même, et à se suffire à elle-même !
La création est une projection de la toute puissance de Dieu, par un acte de sa volonté, hors de Lui-même. Par le seul fait qu’Il nous constitue créatures, Dieu nous met comme à distance de Lui – de la distance d’une nature à une autre nature, qui lui est étrangère et extérieure, et de l’Incréé au créé.
Mais dans les Processions Personnelles, ce n’est pas ainsi ; et il faut se défier de la tendance à transposer notre connu expérimental tel quel, en cet inconnu mystérieux ! Car c’est dans l’unité de nature, et au-dedans de Lui-même, que le Père engendre le Verbe – et que l’Esprit Saint, qui procède de l’Un et de l’Autre, les étreint l’Un et l’Autre ; il y a là distinction, mais non distance – et diversité selon les Personnes, mais au-dedans même de l’unité substantielle.
C’est pourquoi les effets de Filiation, en nous, sont nécessairement effets d’union par Relation – et ceux du sacerdoce, effets de contact par référence.
La manière de se disposer aux expériences, c’est d’exposer au Père notre nudité d’être, dans la pauvreté et l’impuissance de notre nature – mais il faut que cette nudité ne soit pas mot, mais réalité ; et qu’elle soit réalité voulue, en tant qu’elle est vérité ; et que la nudité soit universelle : comme si la substance même de notre nature était dépouillée de toute adjonction accidentelle.
C’est une nudité substantielle que le sacerdoce réfère au Père – et qui se sait participante de la Filiation : de là lui vient son audace ! Pour moi, je suis un comble de nudité ; car, selon la nature, je suis la pauvreté même – et la surabondance des grâces n’a trouvé en moi qu’une stérilité obstinée !
Et l’âme se dispose aux lumières par l’aveu de son obscurité, de son ignorance et de ses ténèbres par incapacité, non à recevoir la lumière, mais à en produire d’elle-même la moindre étincelle – elle s’avoue aussi, devant le Père, incapable de saisir et de retenir la lumière, comme de la faire fructifier, s’Il ne lui en fait la grâce.
Car c’est par passivité et par aveu de ce qu’elle est (= par où elle se présente selon la vérité qu’elle est – et il y a alors relation, au plan vérité, entre elle et le Fils : bien que l’Un soit à un bout de la vérité, et elle à l’autre, au plus infime !) – plus que par activité et tendance, effort vers ce qu’elle n’a pas, que l’âme attire le Père et se dispose à Lui – ou seulement à ses opérations en elle, selon qu’il Lui plaît.
Pour moi, tout à l’heure, dans cette expérience de Paternité active en moi, j’avais l’impression que le Père se servait de moi comme pour se mirer en moi : je ne puis m’exprimer autrement – un moment après je trouvai, dans l’Office, ces paroles du Capitule de Sexte : « Nos autem, revelata facie, gloriam Domini speculantes ◊ reflétant, visage découvert, la gloire du Seigneur » 2 Co 3, 18.
L’union au Père suppose une purification poussée à l’extrême, consommée – et comme cette union peut toujours progresser durant la vie mortelle, il faut que toujours progresse cette purification. C’est une purification qui doit croître par l’effet d’adoration, plus que par expiation – par activité sacerdotale de gloire, plus que par activité sacerdotale de la terre selon qu’elle y est expiation, réparation, restauration et justification – parce que, comme il s’agit d’union, il convient que l’activité sacerdotale soit le plus directement ordonnée au Père, comme cela a lieu dans son activité de gloire ; activité de gloire qui est du reste, à sa manière, très mortifiante et purifiante pour la nature. […]
L’Esprit Saint ne dit rien, parce qu’aucune Personne ne procède de Lui – cependant, ce que dit le Père ou le Fils, n’est perçu par l’âme que grâce à son Étreinte, par laquelle elle se trouve unie à qui lui parle – c’est pourquoi on dit de l’Esprit Saint qu’Il dispense les dons : parce qu’Il donne à l’âme de les recevoir.

« Je suis, en toi, chez Moi.
Ne te lasse pas de travailler pour ma Gloire,
et Je ne Me lasserai pas de te rassasier de Moi-même. »

Vu que l’état religieux est état sacerdotal par excellence, plus encore que l’état de victime, d’holocauste. (Inédit, carnet 14, p. 1239/738 à 1247/743)
*

1944, Flavigny – Dimanche 6 août

Transfiguration – L’amour du Verbe Incarné nous est beaucoup plus accessible que celui du Père, parce qu’il est amour à la façon de l’indigence – c’est-à-dire qui se donne et qui aime comme au détriment de quelque bien propre « Mon Corps livré, mon Sang répandu – Je donne ma Vie »
C’est un amour qui va vers, et qui donne son propre sujet en signe de sa réalité et en preuve de sa vérité. L’amour du Père est à l’opposé ; c’est un amour qui aspire à soi, et cela ne peut pas être autrement. Il ne peut pas y avoir d’autre forme d’amour dans le Père, parce qu’Il est Principe, Fin et Plénitude essentielle.
Si le Père engendre le Verbe, ce n’est pas pour avoir, intérieurement à la Déité, la société d’une Personne digne de sa Paternité. Il ne L’engendre pas hors de Lui-même, ni par besoin, comme pour avoir une société, ni pour qu’il y ait un Verbe de sa Paternité dans la Déité, ni parce qu’il manque quelque chose à sa béatitude. La génération du Verbe est une nécessité de la Propriété du Père. […]
Il n’y a pas d’autre cause de la génération du Verbe que ce que le Père est Lui-même, en Lui-même, pour Lui-même. C’est de l’intensité de l’adhésion simple du Père à Lui-même, sur Lui-même, que résulte la génération du Verbe. Et c’est pourquoi le Verbe est égal au Père, parce que cette adhésion du Père à Lui-même a toute son amplitude infinie et sa perfection Personnelle, puisque, en Lui, tout ce qui est est simple. Elle Lui est exactement adéquate, et il n’en peut pas être autrement.
C’est pourquoi aussi cette adhésion du Père à Soi-même étant cause propre de la génération du Verbe, elle imprime à la Propriété du Verbe cette Relation essentielle et nécessaire au Père ; Relation adéquate à la totalité de sa Propriété Filiale, et l’ordonnant toute entière, par le dedans de son essence, au Père dont l’adhésion Personnelle à Lui-même revêt à l’égard du Verbe engendré, la forme d’Attraction Paternelle. C’est pourquoi la religion chrétienne, religion du Verbe Incarné, est autre que celle qui a précédé l’Incarnation.
Avant que le Verbe ait Personnellement assumé notre nature, le point de départ de notre religion humaine à la Déité était notre condition de créature – et comme, de soi, la créature est extérieure à Dieu, c’est aussi par le dehors et par un culte extérieur qu’elle L’honorait, à son plan et selon son mode de créature.
Par l’Incarnation, l’Humanité a été assumée – d’abord dans un seul sujet, le Christ Jésus, puis en d’autres qu’Il S’est agrégé. D’extérieure, de ce fait, la religion due à la Déité est devenue toute intérieure, revêtue qu’elle fut, dès l’Incarnation par la Personne du Verbe. Du seul fait de l’Incarnation, elle est devenue intérieure aux Relations du Verbe au Père – c’est pourquoi « Regnum Dei intra vos est ◊ Le Royaume de Dieu est au-dedans de vous. » Lc 17, 21 – et « ora Patrem tuum in abscondito ◊ Prie ton Père dans le secret. » Mt 6, 6. (Inédit, carnet 31, p. 2932/1740 à 2934/1741)

Paris, lundi 6 août 1945
TRANSFIGURATION

« Je t’accompagnerai. »
– dans le travail des carnets.
(Inédit, carnet 35, p. 3205/1902)
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