Décor

Epiphanie

EPIPHANIE

C’est en Orient que la fête de l’Épiphanie fut instituée au IVe siècle. Par la suite elle devait se répandre en Occident où elle rencontra une autre fête de la Nativité : la Noël que l’on célébrait à Rome dès 335. Il reste une autre différence entre ces deux fêtes. Noël célèbre surtout l’incarnation historique du Christ. L’Épiphanie, autant qu’un anniversaire de sa naissance, est une fête de son retour à la fin des temps.
Comme le rappelle l’antienne à Magnificat de l’office de vêpres, l’Épiphanie n’est pas seulement la fête des mages : « Nous célébrons le jour qu’illustrent trois miracles : aujourd’hui l’étoile a conduit les mages vers la crèche. Aujourd’hui l’eau est devenue du vin pour la noce. Aujourd’hui, dans le Jourdain, le Christ a voulu recevoir de Jean le baptême afin de nous sauver, alléluia. »
A travers ces mystères, Dieu se révèle à nous, il se manifeste (en grec épiphaneia) comme un roi et un époux.

1941, Flavigny – jeudi 9 janvier, de l’octave de l’Épiphanie.
Surabondance de la grâce divine, disproportionnée à mes limites, mon étroitesse. Les mystères de Dieu sont trop vastes ! cela fait mal… Adorer dans une humilité totale les desseins du Père, les mystères de son Amour, toute docile à l’Esprit Saint pour qu’Il m’applique à ce qui plaira au Père – me laisser conduire en ces mystères sans curiosité ni hâte, sans provoquer ni refuser.
Pendant l’action de grâces, Notre Seigneur m’a prise en Lui pour me donner tout. Il me donne toute liberté sur Lui-même. Il s’ouvre à moi et m’introduit en Lui avec pleine liberté de parcourir sa plénitude, et sa plénitude va de l’abîme du péché au sein du Père. Il me veut toute à Lui, occupée à Le parcourir, parce que cette contemplation glorifie le Père. […]
C’est l’Esprit Saint qui réalise en moi cette contemplation, et la parfait par la conformité ; donc, tenir mon âme ouverte à Lui, et fermée à moi-même – et qu’en dehors de l’oraison cela s’exprime par dispositions et actes de respect, dépendance, silence – m’y appliquant avec la plus grande délicatesse possible, pour affiner l’amour et le purifier de ma grossièreté, à cause du Père et de l’union au Christ Jésus.
[…] Être très attentive à agir le plus possible par ce motif de conformité au Fils bien aimé, afin de glorifier le Père, et qu’Il puisse prendre en moi ses complaisances, à cause de son Fils en moi : « Vivo propter Patrem. Je vis par le Père. » Jn 6,57, « Vita vestra abscondita est cum Christo in Deo. Votre vie est cachée avec le Christ en Dieu. » Col 3,3
(Carnets, I. Les Grandes Grâces, p. 158-159)

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1942, Flavigny – lundi 5 janvier, vigile de l’Épiphanie.
au deuxième psaume de None (Ps 32, 1.11)
Grâce d’espérance – Immolation passive de tout motif humain d’espérance – Purification soudaine, par le dedans, dans le fond, aussi soudaine qu’imprévue ! arrachement de tout ce en quoi la nature espère à son propre niveau.
Élancement, par le sacerdoce du Christ, de cette espérance, directement et exclusivement dans le Père – dans le dépouillement de toute autre forme d’espérance, tant pour les motifs que pour l’objet.
Pendant matines de l’Épiphanie, compris combien il est utile que je fasse si continuellement et de toutes parts, l’expérience de ma misère, et des mélanges et altérations que j’apporte à la fidélité que Dieu me demande : afin que j’aie un recours plus actif au sacerdoce du Christ.
Car, ou ce sacerdoce est effectif et efficace – ou il n’est rien. Et s’il est vraiment efficace, il doit l’être jusqu’au plus bas, au dernier degré, sur les pécheurs dont je suis plus que tout autre.
(Carnets, I. Les Grandes Grâces, p. 425)

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1942, Flavigny – Épiphanie, mardi 6 janvier.
oraison avant Prime
Jusqu’au choix des Apôtres, il n’y eut, pour fonder l’Église que notre Seigneur et la Bienheureuse Vierge Marie. Jusque là, la Sainte Vierge eut une certaine action extérieure on le voit dans les débuts, de l’Annonciation au Recouvrement jusqu’à Cana. Là, grâce à elle, « le Seigneur manifesta sa gloire, et ses disciples crurent en Lui » Jn 2,11
Alors elle rentre dans l’ombre, reparaît pour l’éloge de l’accomplissement de la volonté du Père : Mc 12,50 ; cf. Lc 11,28. Puis, seulement au Calvaire pour la naissance douloureuse, dans le sacrifice, de l’Église.
Ensuite elle ne reparaît, au moment de la Pentecôte, qu’en attitude de prière. Puis plus rien n’est dit d’elle, sinon Ga 4,4.
Dans la fondation même de l’Église, son rôle apparaît ainsi tout intérieur ; elle y est, comme le Christ en elle de l’Annonciation à la Nativité ; comme le Christ, spécialement, en elle, à la Visitation.
A partir de la Pentecôte, les apôtres sont envoyés pour l’expansion de l’Église, ad extra – elle demeure, elle, au-dedans de l’Église. « Joannes accepit eam in sua ◊ Jean la prit chez lui. » Jn 19,27
Peut-être plaira-t-il au Seigneur d’en agir ainsi avec moi mais à l’inverse : il s’agissait, pour la Sainte Vierge, de la suréminence de sa sainteté – pour moi, il s’agit de la multitude de mes fautes, et de la contagion dangereuse de mes défauts : c’est pour préserver de la contagion que je dois être cachée.
Sacerdoce et filiation, dans l’ordre de la grâce :
tout ce qui a rapport au mérite, en tant que tel, relève proprement de la filiation ;
et tout ce qui a rapport au passage de créature déchue et souillée à la pureté et simplicité de la filiation adoptive relève du sacerdoce.
Filiation et sacerdoce sont deux activités distinctes dans le Christ, ayant origine et fonctions propres, bien que coïncidant dans le même sujet : la Personne du Verbe — et sur le même objet.
Tout comme la nature divine et la nature humaine ne sont pas confondues ni mélangées dans l’unité de Personne. Il y a même un rapport très étroit entre ces deux mystères : celui-ci conditionnant celui-là.
pendant l’adoration
Quelle profondeur de mystère dans la Présence Réelle du Verbe Incarné dans l’Eucharistie :
enveloppé d’un tel silence
occupant si peu d’espace
soutenu par si peu de matière
caché sous une telle docilité
et tout cela, non par insuffisance ni impuissance, mais volontairement – par divine sagesse – par choix, préférence.
Et là est toute la Déité, toute la Trinité, toute la filiation, tout le sacerdoce, et toutes leurs activités distinctes et conjointes.
Tout ce qui fait que l’Hostie est hostie, est au-dedans d’elle : elle ne s’extériorise pas en ceux qui la reçoivent, mais les intériorise en elle-même, jusqu’à les introduire « cum Christo in Deo – in sinu Patris. » Col 3,3

Faire remise totale à l’espérance des desseins de Dieu sur moi, de ses grâces et de ma fidélité personnelle – tant pour les dons que pour les conditions de purification.
Par l’espérance, faire remise de tout cela au Père.
Je me sens immolée au-dedans comme aux deux extrémités :
– D’une part dans la direction qui m’est donnée au nom du Seigneur – et à l’occasion de laquelle le moindre mouvement intéressé m’est interdit – cela regarde la pureté spirituelle, et l’absence de toute ingérence me concernant en propre.
– D’autre part dans ma coopération, dans l’apport de fidélité personnelle, par les infidélités que j’y ai apportées, qui me manifestent le vrai fond de moi-même et le sens où m’entraîne mon propre mouvement – et cela regarde l’humilité pratique, expérimentale, dont l’effet est de détourner de toute recherche personnelle, d’enlever tout appui sur soi-même.
– A l’égard des Supérieures et des charges aussi. Je suis comme traversée d’un glaive qui ne cesse de séparer – et moi je suis toute passive sous son action, sauf que j’y adhère autant que la force m’en est donnée.
Je sens combien en tout cela la grâce a de puissance pour l’emporter sur la nature.
Ces immolations ne sont pas en vue de rien supprimer – mais au contraire, en vue d’utiliser au maximum et pour la gloire de Dieu ces grâces, cette direction, ma coopération – et toutes les autres conditions de personnes, d’occupations, etc.
Cette immolation va directement à sanctifier : en supprimant tout risque de finalité divergente ou inférieure.
Et tout ceci est un admirable effet du sacerdoce qui communique la grâce, réfère exclusivement à Dieu tout bien – et sépare la créature de sa propre souillure.
La fête de l’Épiphanie est celle de la manifestation du sacerdoce : c’est très clair.
(Carnets, I. Les Grandes Grâces, p. 425-426)

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1943, Flavigny – vendredi 8 janvier, de l’octave, 2e jour.

« Prends courage : tu as tout son sacerdoce. »


– et vu que le don du sacerdoce est total dans le sacerdoce personnel. Que le sacerdoce ministériel n’en est qu’un mode d’exercice relatif, non au Père, mais à l’utilité de l’Église durant le temps de sa formation : c’est pourquoi son exercice disparaît au ciel. Et que le Père me demande la foi à ce sacerdoce personnel : foi personnelle à ce don personnel, en moi.
(C. 21, p. 1889/1102, inédit)

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Dimanche 7 janvier 1945.
N’entrent dans la béatitude éternelle que ceux qui sont aptes à glorifier la Déité et le Père.
Or, double est l’objet essentiel de cette glorification, selon qu’elle convient à la nature humaine (selon l’hommage que la créature humaine doit à la Déité et au Père) : glorification de la perfection de la Déité – Perfection à l’image et à la ressemblance de laquelle est créée la nature humaine (Perfection d’être et de vie : d’Essence de Déité, et de Processions et Propriétés Personnelles) ; et glorification de la Sainteté de la Déité et du Père.
Et quand je vis cela, le Père me dit :

« Je t’ai choisie pour cela. »


Et cette glorification-là est propre aux âmes marquées des dons, car elle en relève – parce que rien, dans la nature humaine comme telle, n’est apte à glorifier cette Sainteté ineffable – il y faut des propriétés de surcroît, et non pas seulement des vertus surajoutées aux puissances naturelles.
Les vertus surajoutées aux puissances naturelles rendent apte à glorifier les perfections de la Déité et du Père – mais non point les Personnes (ce qui est propre à la Filiation, laquelle n’est pas vertu, mais don).
Et pour l’hommage convenable à la Sainteté, il faut les dons-caractères, lesquels appellent, pour la perfection de leurs opérations, les dons-perfection.
Ce qui est le plus excellent dans la Déité et le Père, c’est sa Sainteté. Et c’est elle justement que nous comprenons le plus difficilement – et à laquelle, par suite, nous rendons le moins hommage. Car, nécessairement, ce qui est le plus intérieur et le plus propre à la Déité et au Père, c’est cela même qui nous est le plus étranger et le plus lointain, incompréhensible et inaccessible.

L’hommage adorateur et glorificateur de la créature humaine à la Déité et au Père monte du plus inférieur au plus élevé – de la Très Sainte Humanité assumée au mystère de Sainteté, qui surpasse celui des Processions et des Propriétés Personnelles, étant, ce mystère de Sainteté, cause de la génération du Verbe, laquelle l’est de la Procession de l’Esprit Saint.
Or la cause est nécessairement supérieure à l’effet – d’une supériorité d’antériorité logique – et chacun sera admis jusqu’à telle altitude de glorification, selon le bon plaisir prédestinateur du Père, et de Lui seul, comme seul Il engendre le Verbe. C’est dans ce sens qu’il est dit qu’il y a beaucoup de demeures dans la maison du Père (voir Jn 14, 2 ; Hb 3, 6).
La récompense des vertus consiste dans la glorification des perfections dont relèvent les vertus – mais la glorification de la Sainteté est purement gratuite, transcendante à tout mérite, pour la glorification, non d’une perfection, ni de la justice, ni même de la miséricorde, mais de la liberté des desseins du Père ordonnés à sa Sainteté même – par-delà toute glorification des perfections de son Essence, de sa Personne, et de ses opérations intra Se.

_ « Tu es mon épouse. »


– or, ce que l’épouse demande, c’est premièrement et directement l’union de contact — dont le fruit n’est qu’un effet.
[Note du 2 décembre 1978 : ce n’est jamais ainsi que je me situe face au Père, mais dans la Filiation sacerdotale.]
L’union au PÈRE est nécessairement le plus à la cime de l’esprit, dans son point le plus distant des facultés, et le plus spécifique de son essence propre.
(C. 34, p. 3130/1857 et 3131/1858, inédit)

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Dimanche 6 janvier 1946 – Épiphanie
Vocation de Moïse plus complète – Vocation d’Aaron plus sublime.
(C. 35, p. 3235b/1921)
(Rappelons que pour Marie de la Trinité la vocation de Moïse est plus spécifiquement la figure du ministère ordonné alors que la vocation d’Aaron est le prototype du sacerdoce personnel.)

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