Décor

Fête de l’Ascension

En latin, ascensio « action de monter » vient du verbe ascendere « monter vers ».
L’Ascension du Seigneur est la Solennité célébrée au quarantième jour après Pâques.
Dès la Résurrection, l’humanité de Jésus est toute revêtue de la gloire du Père ; mais le Christ glorieux séjourne près des siens pour affermir leur foi. Les quarante jours (Ac 1, 3) qui prolongent la vie terrestre du Christ sont liés à la symbolique de la quarantaine, laps de temps qui convient aux grandes expériences dont la Bible nous donne des exemples :
1. Moïse demeurant pendant quarante jours et quarante nuits dans la nuée du Sinaï en présence de Dieu. (Ex 24, 18)
2. Élie, soutenu par la nourriture de l’ange, marchant pendant quarante jours et quarante nuits jusqu’à l’Horeb, la montagne de Dieu. (1 R 19, 8)
3. Jésus, après son baptême, conduit au désert par l’Esprit et jeûnant pendant quarante jours et quarante nuits avant d’affronter le tentateur. (Mt 4, 2

Cette solennité de l’Ascension du Seigneur est particulièrement significative pour Marie de la Trinité : l’humanité de Jésus y est revêtue de la gloire du Père et le Verbe fait retour au sein du Père, au lieu de sa génération, d’où il nous accorde ses dons.

Au premier jour dans l’octave de l’Ascension, le vendredi 3 mai 1941 (Cf. Carnets, I Les Grandes grâces, (11 août 1929-2 février 1942), Cerf, 2009, p.187 à 190), Marie de la Trinité, toujours en crainte de vivre dans l’illusion, reçoit cette parole intérieure : « Sois sans crainte, tu Me portes en toi, et je te possède en Moi. »
La grâce nous rend participants de la nature divine (nous en Lui), « c’est cela qui rend la grâce très précieuse » dit Marie. Pourtant, il y a plus : à l’âme en état de grâce, il est donné de connaître « l’habitation de Dieu » (Lui en nous), « non dans ses dons mais dans sa Déité, dans son ETRE même. » C’est l’Ascension qui « donne la plénitude de l’effet suprême de la grâce sanctifiante. » car « le Verbe incarné communique à ses membres tout ce qu’il reçoit du Père. » Et quelques jours plus tard, pendant l’adoration, Marie reçoit cette autre parole :
« De ma Déité tu jouiras. Je te plongerai en elle,
Nue, vide, dépouillée, pure capacité ;
Repose-toi en Moi, le Père,
Repose-toi en Moi où je t’aime. »

En 1942, l’Ascension est le jeudi 14 mai. (Cf. carnet 10, p. 839/489 à 847/494, inédit). Depuis plusieurs semaines, Marie, malade, ne descend pas au chœur. Elle dit l’office dans sa cellule, les jours sont une succession de prières, d’oraison, de méditation et d’écriture. On voit bien cela pour cette journée où son écriture montre quatre parties distinctes :
1. Office de prime
« Notre Seigneur à l’Ascension a laissé à ses membres l’exercice du sacerdoce de la terre… Le sacerdoce participe aux divers états de la nature, s’y conformant nécessairement, il lui est articulé. La filiation est absolument indépendante de la nature humaine, elle lui est transcendante – elle ne peut se conformer, se plier à la nature humaine, mais par sa toute puissance, elle peut conformer à elle cette nature… c’est le mystère de l’Ascension. »
Revenant sur l’exercice du sacerdoce de la terre que le Christ a donné à ses membres, Marie précise ceci : « C’est lorsque Notre Seigneur a envoyé les Apôtres prêcher et baptiser qu’il leur a donné mission de remplir le ministère sacerdotal sacramentel… le ministère était conféré avec le sacerdoce à la Cène ; le pouvoir de remettre les péchés, le jour de la Résurrection ; il ne s’agit pas, au moment de l’Ascension, du ministère, mais de l’exercice du ministère. »
2. Eucharistie
Cette méditation sur la filiation et le sacerdoce qui suit l’office de prime, est suivie de l’action de grâce après l’eucharistie que Marie reçoit dans sa cellule :
« Demande Moi et je me donnerai. »
Marie entre alors dans une oraison trinitaire en laquelle les relations des Personnes divines lui sont dévoilées selon les desseins du Père : « Le dessein éternel du Père ne regarde pas tant le relèvement de la nature humaine que son introduction dans les mystères mêmes de Dieu pour qu’elle les participe en Lui (Ep 1 ; Rm 8) » Et Marie ajoute que la première rencontre que fait la nature humaine est celle de l’Esprit Saint qui l’introduit dans la Relation du Père au Fils.
3. Office de tierce
Le verset « Ta majesté est élevée au-dessus des cieux » met Marie en contact avec l’Humanité du Christ et singulièrement avec son sacerdoce « qui est la magnificence de cette Humanité ». Elle voit qu’au ciel, « c’est le sacerdoce qui est le plus glorifié et que par lui, toute la gloire du Père se répand dans toute la nature ; parce que c’est par lui qu’a été accomplie la rédemption et par lui que la créature adore et est référée au Père. »
Et elle ajoute : « l’Ascension, c’est la fête du sacerdoce de gloire. »
4. Office de complies, à la fin du jour
« Comme je désirais être toute présente et unie au Père, il vint au-devant de mes désirs : “Toute en Moi”. Au-delà des paroles, il y a quelque chose d’inexprimable. »

L’année suivante, en 1943, aux vigiles de l’Ascension, le mercredi 2 juin (Cf. carnet 25, p. 2273/1351, inédit), Marie note que l’union au Père est différente de l’union au Verbe car, dans le Verbe, « nous retrouvons notre nature assumée par Lui » alors que l’union au Père « est sans notre nature ». Elle voit que l’union au Verbe est la part de la Bienheureuse Vierge Marie et l’union au Père, celle de saint Joseph.

Mais, c’est en 1944, le jeudi 18 mai (Cf. carnet 28, p. 2653/1577 à 2656/1579, inédit), que la réflexion de Marie, sur le mystère de l’Ascension, est la plus aboutie. En effet, elle commence par une remarque sur le fait que l’Ancien Testament ne connaissait pas la figure du fils mais seulement celle du prêtre dont Aaron est le prototype : « Dans l’Ancien Testament nul n’était fils… avant l’Incarnation nul n’était Fils ni en réalité ni en figure, comme Aaron l’était du sacerdoce. Les figures du Christ ne l’étaient que selon son sacerdoce et selon le mystère de Rédemption.
La filiation est un don qui surpasse le sacerdoce et, grâce à l’Incarnation, elle nous est donnée : car la Filiation elle-même est antérieure à l’Incarnation ; par l’Incarnation la nature humaine en est rendue participante : et c’est là tout le mystère de l’Incarnation. ‘Voyez quel grand amour nous a donné le Père.’ (1 Jn 3, 1)
Et la communication de la Filiation se fait à la nature humaine par son incorporation au Verbe Incarné [à travers] la Très Sainte Humanité du Verbe. »

Puis la méditation de Marie se porte sur l’activité du Verbe :
« Jusqu’à la Résurrection, le Verbe Incarné a exercé seul son sacerdoce, sur Lui-même. A la Cène, Il a rendu ses Apôtres participants à son sacerdoce mais à titre seulement de sacerdoce de l’ordre, sacerdoce ministériel, celui de serviteurs. Il ne leur conféra pas alors ni le don de Filiation, ni le sacerdoce personnel. »
Seul le ministère de serviteurs est donné alors aux Apôtres parce que, explique Marie, la nature humaine ne pouvait recevoir les dons de Filiation et sacerdoce personnel avant que le Christ (homme et Dieu) ne fut retourné auprès de son Père qui accueille, en Lui, la nature humaine : « Il fallait, en effet, antérieurement à l’effusion dans la nature humaine de dons si excellents, qu’elle fut reçue dans le sein du Père. »
Marie de la Trinité relève que notre assomption (c’est-à-dire notre incorporation, notre intégration) par le Verbe, en Lui-même, « n’est pas naturelle mais mystique et c’est l’Ascension qui permet cette assomption et lui est antérieure… C’est pourquoi, il fallait l’Ascension glorieuse pour que le don de Filiation qui relève du Père, nous soit donné, en participation, par la Très Sainte Humanité… »
De même, il fallait que le Verbe soit retourné auprès du Père pour que l’Esprit Saint soit donné. Dès la première grâce de 1929, Marie avait perçu l’Esprit Saint comme Étreinte du Père et du Fils, elle trouve donc logique que la glorification du Fils précède le don de l’Esprit puisque « nécessairement, en soi, la Filiation précède l’Étreinte qui est la propriété de l’Esprit : si bien que là où il n’y a pas d’Étreinte, il n’y a pas non plus d’Esprit – de même que là où est l’Esprit il y a nécessairement Étreinte. » Sans l’Esprit Saint, il ne peut y avoir d’unité « et le signe de sa présence, c’est l’unité, et l’unité par manière d’Étreinte, et non de mélange ni de confusion. »
Marie comprend alors que c’est au jour de l’Ascension que « la Très Sainte Humanité du Christ est constituée dans sa médiation – et de l’Ascension à la Pentecôte elle est médiatrice en ce sens qu’elle seule possède la réalité des dons [de filiation et de sacerdoce]. »
C’est donc à la Pentecôte que la filiation et le sacerdoce dont donnés à tous : « aux Apôtres d’abord, puis aux fidèles qu’ils baptisèrent… Ainsi, par les dons, entrons-nous en participation, non seulement des effets de la médiation du Verbe Incarné, mais de sa propre médiation elle-même, par le sacerdoce personnel – car le sacerdoce de l’ordre ne fait qu’appliquer des effets, sans entrer de droit dans leur participation. »

La dernière entrée concernant l’Ascension se trouve au jeudi 10 mai 1945 (Cf. carnet 35, p. 3188/1892, inédit). Marie, qui a passé la nuit en prière, expérimente que la béatitude glorieuse est double : « celle d’union et celle de contemplation » Elle note que la béatitude d’union est plus simple et plus pénétrante que la béatitude de contemplation, car la béatitude d’union « sera dans la substance même de notre nature, dans l’essence de notre être… Nous la recevrons en partage à cause du don de Filiation. » Alors que la béatitude de contemplation « sera l’effet, dans notre nature humaine, de ce don de filiation selon notre incorporation à la très Sainte Humanité assumée, en vue des opérations du sacerdoce de gloire. »

Dans la richesse de son thème « Filiation et sacerdoce » relu à la lumière de la grâce de l’Ascension, Marie de la Trinité nous invite à suivre la voie de l’union au Père par l’incorporation à l’humanité du Christ, le Verbe Incarné.

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