Décor

Fête de la Sainte Trinité

Historique
La fête de la Trinité a été officiellement instituée sous le pape Jean XXII en 1334. Mais déjà au VIIIe siècle, le moine Alcuin rédigea une messe propre de la Trinité, le dimanche après la Pentecôte, sous l’ordre de Charlemagne. Le Microloge rédigé avant 1100 nous apprend que le dimanche après la Pentecôte étant vacant, beaucoup d’Églises célébraient ce jour-là l’office de la Trinité composé par Etienne, évêque de Liège (903-920). Le pape Alexandre II ( 1073) la supprima la jugeant superflue puisque tous les jours la Trinité est honorée dans la psalmodie par le gloria Patri. Mais la fête continua à se propager dans le nord de l’Europe et en France. Le concile d’Arles en 1200 émit un vœu en faveur de son institution. L’ordre de Cîteaux, après celui de Cluny, l’adopta en 1271. L’office primitif fut refondu par le franciscain Jean Peckham, archevêque de Cantorbéry (1273-1292). Ce mouvement s’acheva par l’adoption de la fête dans l’Église romaine en 1334. (Source : Missel dominicain quotidien, selon le rite de l’ordre des Frères prêcheurs, Éd. de l’Année dominicaine, 1925)

De Noël à la Pentecôte, nous avons revécu toutes les étapes de notre Rédemption. « Dieu, dans son amour, nous a prédestinés à être ses fils en Jésus-Christ. » et pour cela il nous a « marqués du sceau de l’Esprit Saint. » Nous sommes en mesure d’offrir à Dieu notre louange et notre foi : « nous avons accès par le Christ auprès du Père dans un seul et même Esprit. » (Saint Paul aux Éphésiens)

Dès les premiers mouvements de la grâce en elle (déjà en 1929), Marie de la Trinité a toujours compris l’Esprit Saint comme une puissance d’amour qui en imprime le mouvement : « Il meut par manière d’Étreinte » (Carnets, I Les Grandes grâces, (11 août 1929 – 2 février 1942), Cerf, 2003, p. 399). Elle rapporte ainsi les lumières qu’elle reçoit sur l’Esprit Saint : « Lumière sur l’Esprit Saint, l’Étreinte toute puissante d’amour du Père au Verbe, et du Verbe au Père — cette même Étreinte d’amour tout puissant, immuable et éternel, qui élève la Très Sainte Humanité du Christ en la Personne du Verbe, et fait que le Verbe l’assume et se communique tout à elle, en même temps qu’Il la prend toute en Lui – cette même Puissance infinie d’amour qui prend en nos âmes tous nos péchés pour en charger le Christ et les plonger en son Précieux Sang, et qui, après nous avoir purifiés par ce Sang du Christ, du Fils, nous sanctifie et nous transporte en Lui, et nous y maintient, et nous rend aptes à le participer selon toute sa plénitude, à cause des desseins éternels du Père – cette toute puissance souveraine et ineffable qui m’envahit et me prit en elle pour m’élever jusqu’au Père, c’est l’Esprit Saint et ses opérations d’amour. » (idem. p. 160)
Marie de la Trinité est particulièrement attentive au contenu de cette célébration du dimanche de la Trinité qui fait appel à notre filiation adoptive dont l’Esprit est le sceau et à notre office sacerdotal dans le Christ. Elle a expérimenté l’habitation des Personnes divines : « Il y a une manière de recevoir l’Esprit Saint qui est active (notre fruit par la grâce) ; une manière de recevoir le Verbe qui est passive (fruit de l’Esprit Saint en nous) ; une manière d’être uni au Père qui est suprême passivité (le fruit du Verbe en nous). » (idem, p. 384)

Dans les carnets, la première entrée concernant cette fête se trouve au samedi 7 juin 1941 (idem. p. 191). C’est la vigile de la Très Sainte Trinité, Marie vient de se confesser, elle est au chœur, en prière pendant trois quarts d’heure.
« Dès que j’ai été là, j’ai été prise dans une extraordinaire intimité avec Dieu, en sa Déité : « cenabo cum illo, et ipse mecum » (Je souperai avec lui, et lui avec moi. Ap 3,20). Ce n’était pas seulement “ensemble = cum ”– mais c’était l’un de l’autre, Lui de moi, et moi de Lui. Nous soupions l’un de l’autre, dans une extraordinaire simplicité et familiarité ! ensemble… et l’un de l’autre ! C’était dans le centre de l’âme. Il n’y a que le mot « sponsabo » (épouserai, fiancerai) qui en puisse traduire quelque chose. C’est une folie de Dieu, voilà : une folie de sa Sagesse, de son Amour, un effet de sa Toute Puissance. Le prix du Sang rend Dieu fou de nous ! J’en ai eu une douleur au cœur, parce que c’est beaucoup trop au-dessus de la nature. »

L’année suivante, le dimanche de la Trinité tombe le 31 mai 1942 (inédit, carnet 11, p. 948/551 s.), Marie note dans son carnet les paroles reçues du Père au réveil :

« Toi, occupe-toi du sacerdoce.
Réserve-toi pour le sacerdoce.
Ne sois que pour cela. »

Et pendant la messe les paroles l’invitent à se remplir de la gloire divine :

« Chante ma Gloire de tout ton cœur.
Sois ma harpe (extrême passivité et réceptivité à tout).
Remplis-toi de Moi, et vide-toi du reste. »

Pour que s’accomplisse en elle ce qui lui est proposé, Marie comprend que chacune des Personnes divines a son rôle à jouer : « Le Saint Esprit donne entrée au Verbe – le Verbe au Père – et le Père à l’Essence divine ; car c’est dans le sein du Père que se fait la rencontre de l’Essence divine, et des Processions Personnelles qui sont la Vie de la Déité, au-dedans de son Essence. »

Il peut nous sembler étonnant que Marie soit toujours appelée à la solitude, à la passivité, au vide qui paraissent être le contraire de la communion qui réclame la sortie de soi pour entrer en relation avec les autres. Rappelons-nous que pour Marie, tout mouvement de « sortie » doit d’abord être initié par une « entrée » : « Hors l’union de l’âme à Dieu, qui se fait par le dedans, tout mouvement de vie nous extériorise – ne serait-ce que l’extériorisation du centre de l’âme dans ses facultés. Nous avons si peu de vie, que cette vie ne peut se porter, en nous, que sur un seul point, qu’activer un seul mouvement et, pendant ce temps, la vie, en nous, est comme retirée des autres lieux où elle peut s’exercer : c’est pourquoi l’âme ne peut pas être à la fois simultanément présente en son centre, et dans ses facultés. »

En cette année 1942, Marie est initiée à la communion trinitaire : « Portant [en nous] l’image du terrestre (de la création) par la propension à nous extérioriser – nous portons, cependant, d’avantage encore, en nous, l’image du céleste (de la Déité, par la grâce). C’est pourquoi l’Esprit Saint sollicite à ce mouvement, intérieur à soi-même, par lequel Il dispose l’âme à l’union. »

Deux ans plus tard, le dimanche 4 juin 1944 (inédit, carnet 29, p. 2709/1611 s.), la fête de la Trinité est l’objet d’un très long développement qui montre combien Marie a avancé dans la compréhension du mystère de Dieu qui n’est pas solitude mais relation, qui nous est à la fois extérieur et intérieur, antérieur et présent, qui nous invite à l’union dans l’altérité, au don de soi et en même temps à l’accueil de soi.

« Ne te propose que Moi. »
« Aimée, prédestinée, et glorifiée. »

En lisant Marie de la Trinité, on pense au conseil prodigué par Catherine de Sienne qui recommandait de « connaître l’âme en Dieu ».
« Quand les facultés sont réduites à la passivité toute éveillée qui précède la contemplation (et l’accompagne), il reste encore le principal à faire, qui est le désir selon l’esprit – et qui n’est pas tant un acte qu’un état tout simple d’attente, à l’extrême pointe de l’âme et de la foi – là où la foi touche la réalité ; et ce désir n’est pas tant perçu sous forme d’appel, que d’adoration – car l’âme ne désire pas de recevoir Dieu et le Père, mais plutôt de passer en Lui. » – comme le Verbe est présent dans le sein du Père.

Marie fait la différence entre présence naturelle et présence selon l’esprit  :
« Car la présence selon l’esprit est autre que la présence naturelle, laquelle ne s’accommode que d’un seul objet dans un seul lieu : l’objet présent excluant par sa matière tout autre matière au même lieu. Mais pour l’esprit, c’est autre chose – le lieu de l’esprit c’est sa réalité même, et des réalités peuvent bien, comme telles, être intérieures les unes aux autres, sans confusion ni mélange – c’est leur intériorité même qui est la cause de leurs relations – et ces relations ne les modifient pas substantiellement. »

L’écriture des carnets provient toujours de l’observation, par Marie, des effets de la grâce en elle. Si elle écrit c’est pour en tenir son directeur informé, mais celui-ci lui impose la lecture de Thomas d’Aquin pour structurer sa pensée. Il faut bien reconnaître que ces pages-là ne sont pas ce qu’il y a de mieux dans les carnets. Ainsi, en cette fête de la Trinité, Marie se lance dans une démonstration assez aride pour dire comment le Verbe et le Père sont intérieurs l’un à l’autre comme la cause est dans l’effet et l’effet dans la cause. Lorsqu’elle revient à sa propre expérience, ses considérations sur le mystère sont beaucoup plus substantielles :

« Dès lors qu’il y a création, il faut bien que le mystère se manifeste au monde… c’est notre prédestination à en recevoir la révélation. Et ce qui est Providence Paternelle, c’est la grâce en vertu de quoi, de la connaissance naturelle et par le dehors, la créature humaine est élevée à la connaissance intérieure et substantielle, par contact immédiat, de substance à substance, d’essence à Essence, de la Déité et du Père ; c’est là la fin de la grâce : la révélation de la Paternité du Père – car cette révélation est l’achèvement du mystère en nous. »

Par la grâce de juin 1941, Marie a expérimenté l’incorporation à la sainte Humanité du Christ, ce qui lui fait dire : « Car nous sommes, en tant que membres du Verbe Incarné, comme des extensions de sa Très Sainte Humanité, en raison et en vertu des dons [filiation et sacerdoce] – pas seulement une adjonction, mais une extension, un achèvement, un complément. »

Parce qu’elle est prise dans la relation d’amour du Père pour le Fils et du Fils pour le Père, dans l’Esprit, Marie ne tombe pas dans la tentation de considérer le Père, le Fils et l’Esprit comme trois aspects d’une réalité monolithique. Elle a trop le sens de la relation pour « chosifier » ainsi la Trinité : « Par la grâce sanctifiante et les dons, la créature humaine est élevée à être comme un épanchement créé de Dieu, selon sa nature même de Déité – et cela, non hors de Lui-même, mais nous intériorisant en Lui – et pourtant épanchement quand même, en tant que la réalité de notre être survient en Lui pour qu’Il se l’unisse à Lui-même ; or, Il ne peut se l’unir à Lui-même que si elle participe mystiquement aux Propriétés Personnelles – car, rien dans la Déité, qui ne soit Personnel – non qu’elle soit divisée en trois parts, ni que le Père, étant Principe, en soit comme le possesseur qui la communique au Verbe et, par le Verbe, à l’Esprit Saint – mais, intérieurement à la Déité, le Père est Principe, le Verbe, engendré, et l’Esprit Saint, Étreinte – car les Propriétés Personnelles sont naturelles à la Déité, et, comme elle est éternelle et immuable, ce qui lui est naturel comporte nécessairement simultanément tous les éléments qui constituent sa perfection – mais elle les comporte selon un ordre logique, de logique déiforme – car il s’agit d’une pluralité simple à l’intérieur de la Déité une. »

C’est par une allusion à l’évangile de Mt 12, 50 que Marie termine cette longue méditation : « C’est pour le Père que ceux qui, en accomplissant sa volonté réalisent ses desseins, sont mère, frère et sœur du Verbe Incarné – car, lesquels ils sont, qui le sait, sinon Lui seul ? Et à qui sont ordonnés ses desseins, sinon à Lui-même ? »

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