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Origine et But de l’Association

Conférence donnée en 1992 par Soeur Christiane Sanson lors de la première Assemblée Générale de l’Assosiation

Lors de sa mort survenue le 21 novembre 1980, Sr. Marie de la Trinité n’est encore qu’une dominicaine inconnue. Elle laisse cependant des carnets riches d’une doctrine théologique et spirituelle dont elle a gardé le secret. Elle en sait pourtant l’importance pour l’Eglise. Nous en tenons l’histoire d’elle-même à travers une lettre donnée par sa famille : lettre adressée de Flavigny à sa soeur Marie-Josée Guichard, le 9 novembre 1979, à la veille d’une seconde opération de cancer. La voici largement citée.

"Tu m’interroges sur ces carnets • C’est une réponse un peu difficile. J’ai eu une grande illumination (1) une fois. Le Seigneur a mis, 12 ans plus tard, sur ma route, un prêtre qui m’a comprise et bien aidée - j’ai commencé, de lui écrire - puis, réfléchissant sur les lourdes charges qu’il assumait, j’ai écrit ce qui me semblait à lui communiquer pour qu’il le voie quand il passerait à Flavigny - j’ai trouvé cela plus discret - Et ainsi j’ai écrit ces carnets pendant plusieurs années. Jusqu’au jour où, ayant été voir un Docteur, if m’a dit : « Vous êtes une grande malade ».
J’ai été, je crois, malade à cause de la tension impossible où je me trouvais entre le devoir d’une aide quotidienne à Mère St. Jean, avec multiples voyages et responsabilité, et un appel intérieur incoercible.
Maintenant je rends grâce à ’Dieu de tout cela - cette « expérience de Job » est une grâce, on ne s’en rend compte qu’après. A longueur d’années, j’ai supplié ’Dieu de m’envoyer en enfer et que ce soit terminé -
Maintenant je me trouve en parfait équilibre - si je suis seule, ce n’est pas par misanthropie, mais pour être en état de prière autant qu’il est possible.
J’ai relevé ces carnets à la machine, car l’encre commence à s’effacer. Lors de ma Paque peut-être que tout sera brûlé.
Il me semble, (comme s’il ne s’agissait nullement de moi) que l’ensemble de ce qui est écrit est aussi important, sinon peut-être plus, que les écrits de St. Jean de la Croix, Saintes Thérèse d’Avila et de Lisieux, Elisabeth de la Trinité, etc.
Je confie tout au Seigneur et à St. Joseph qui veilla « sur l’enfant et sa mère ».

J’aime d’autant plus St. Joseph qu’aucune parole de lui ne nous a été transmise- il devait vivre dans une très profonde solitude avec Dieu.
Voilà. Actuellement j’achève la révision des carnets avec le relevé dactylographié (ce serait tellement plus joli d’écrire : « dactylo gracié » et fidèle à nos racines grecques …). Je vais tâcher de terminer cette révision avant le 5 décembre.

J’ai communiqué les carnets (exemplaires dactylographiés) à Suzanne. Tu peux, lui en parler - et si tu désires quelques explications sur le contenu, ta pauvre sœur tâchera de faire pour le mieux.-
(1) Grâce du 11 août 1929, relatée dans "Filiation et sacerdoce des chrétiens, p. 47-55. 2.

Au lendemain de sa « bienheureuse Pâque », comme Marie de la Trinité aimait dire, deux religieux sont seuls au courant de ces écrits, le P. Antonin Motte, o.p., ex-provincial de France, et le P. Jean Beyer, s.j., alors doyen de la Faculté de Droit canonique à la Grégorienne de Rome. Tous deux pensent qu’il y a dans les lumières et les expériences consignées par Marie de la Trinité un message pour l’Eglise, ils cherchent donc à prendre contact et ils se rencontrent à Paris en juin 1981. Ils conviennent qu’un premier essai sera confié au P. Motte. Au titre de conseiller spirituel de Marie de la Trinité, ce dernier a, en effet, contrôlé les carnets au fur et à mesure de leur rédaction qui se situe entre décembre 1940 et 1945 (carnets rédigés à sa demande).

Encore très occupé, le P. Motte s’assure d’abord le concours de Sr. Christiane Sanson. Et l’un et l’autre demandent alors son accord à la Prieure générale des Dominicaines missionnaires des campagnes, Sabine Pivoteau, qui ne fait aucune difficulté pour le leur donner (été 1982). C’est le début d’un travail intensif et d’une collaboration exemplaire facilités par l’accueil des dominicains du couvent de Rouen.

Le titre choisi pour ce premier recueil, « Filiation et sacerdoce des chrétiens » en exprime l’essentiel. Le manuscrit est achevé au cours de l’été 1983. Il est alors communiqué au P. Marie-Joseph Nicolas qui, séduit par la richesse de cette doctrine, accepte de donner au livre une substantielle postface - puis au P. Jean-René Bouchet, o.p., provincial de France, qui lui accorde l’imprimi potest (24 novembre 1983).

Commence alors la recherche d’un éditeur. Après deux échecs dus partie aux difficultés de l’édition religieuse, partie à celles de l’ouvrage, Sr. Christiane se souvient de l’intérêt que le P. Hans Urs von Balthasar porte à la théologie des femmes. En janvier 1973, à l’occasion du centenaire de la naissance de Thérèse de l’Enfant Jésus et de la Sainte Face célébré à Notre-Dame de Paris, n’avait-il pas dit ;

« La théologie des femmes n’a jamais été prise au sérieux et intégrée à la corporation. Cependant, après le message de Lisieux, il faudrait enfin y songer dans la reconstruction de la dogmatique. »

Lui-même y contribue par ses études et surtout par l’édition des oeuvres d’Adrienne von Speyr. Nous n’osons pas lui envoyer le manuscrit. Mais nous lui faisons soumettre par le P. M.-J. Nicolas sa postface. Nous sommes en 1985. Le résultat ne se fait pas attendre. Sur la suggestion du P. Balthasar, le manuscrit est remis au P. Georges Chantraine qui le confie à un lecteur et le lit lui-même. Tout va bien désormais. Le livre édité dans la collection du Sycomore, chez Lethielleux, paraît à l’automne 1986.

Cette fois nous offrons l’ouvrage lui-même au P. Balthasar. C’est pour lui la rencontre avec une personne et sa mission théologique.

« Les thèmes traités, écrit-il, sont du plus haut intérêt. Le style est dense. Il faut mettre du temps, l’écho ne sera peut-être pas énorme, mais cela est plutôt un argument POUR le livre. Il faudra que les théologiens et les spirituels s’y mettent, car la moisson est extrêmement riche, aussi pour le sermon et la méditation des simples chrétiens. Merci de tout coeur pour ce trésor (28.2.87).

Un dialogue s’engage. La demande de textes nouveaux suit bientôt. Un projet s’esquisse. Le Père, toutefois, ne pourra l’entreprendre qu’après
« avoir terminé un travail long et difficile sur Adrienne von Speyr qui l’occupera certainement l’entreprendre qu’après tout l’hiver (…). Si un théologien plus jeune et plus apte se présentait, lui-même renoncerait avec joie à ce projet. Mais sa mission est trop importante pour rester cachée (19.9.87). »

Quelques jours plus tard, le P. Balthasar précise qu’il ne pense pas pouvoir se mettre au travail de Marie de la Trinité avant l’été prochain (1988) qu’il compte passer à la montagne. Le 12 octobre 1987, il commence cependant à traduire certains textes. Il tient à le faire lui-même pour que la pensée de Marie de la Trinité ne soit pas trahie, ce que lui permettent son sens théologique et sa parfaite connaissance du français. N’a-t-il pas traduit en allemand plusieurs de nos grands auteurs : Péguy, Claudel, Bernanos, Mauriac, et encore le cardinal Lustiger, le P. Bôyer, etc. Il compte « sur l’aide de nos deux grandes mystiques (Adrienne et Marie de. la Trinité) pour mener à bien la tâche » (23.10.87).

En janvier 1988, c’est la surprise. Le P. Balthasar a fait le plan de l’ouvrage qu’il me communique à l’occasion de son passage à Paris pour un colloque sur Paul VI (27 janvier). Sa traduction des textes est avancée. Le livre sera achevé avant la date prévue. Prévoyant l’avenir, il suggère la création d’une association qui assurerait ce futur avec le concours du Père Chantraine. Ceux qui s’occupent de Marie de la Trinité sont âgés. Le Père Balthasar décède, en effet, quelques mois plus tard. Puis ce sera le P. Motte l’année suivante (18.9.89). Le P. Chantraine est jeune relativement à nous. Il est sûr doctrinalement. Il a de l’expérience enfin puisqu’il s’occupe efficacement de l’Association « Amitié Adrienne von Speyr ». La nôtre aurait pour fin de faire connaître Marie de la Trinité et sa mission théologique. Voici indiqués ainsi l’origine et le but des « Amitiés Marie de la Trinité ».

En juin 1988, Hans Urs von Balthasar est nommé cardinal par Jean-Paul II. C’est un honneur qu’il avait décliné dans le passé. Mais le Pape entendant souligner par là « l’importance pour l’Eglise d’une mission théologique qui par son ampleur et sa profondeur est destinée au monde », le P. Balthasar accepte cette fois « pour la théologie ».

Cela ne le détourne pas de l’achèvement du livre en cours « Im Schoss des Vaters » (Dans le sein du Père). La correspondance se fait seulement plus brève et dense. Le Père m’envoie les épreuves. Deux cartes très concises les accompagnent, donnant à la rencontre de Sr. Marie de la Trinité son sens plénier.

« Vous aurez bientôt le livre (j’ai corrigé les fautes). Je suis de plus en plus persuadé de l’importance capital du message de SMT. (12.6.88)

Le 22 Juin, il ajoute :

« Marie (de la Trinité) a beaucoup influencé ma pensée. Un vrai tournant. »

Quatre jours plus tard, au matin du 26 juin, le P. von Balthasar entre dans la paix du Seigneur, avant d’avoir pu gagner Rome pour y recevoir la barrette de cardinal.
Quant à l’association, elle a pu se constituer l’an dernier, grâce à la compétence et au dévouement d’Anne Pavlovitch, la soeur de Pascale Morand-Monteil, toutes les deux avocates. Et le P. Chantraine, notre Président veut bien continuer à l’aider de ses conseils malgré les nouvelles responsabilités qui lui incombent. Nous lui en sommes très reconnaissants et saurons être discrets.

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