Décor

2000 - Pélerinage à Flavigny

Après un 1er pèlerinage en 1999, les membres de l’Association se sont retrouvés à Flavigny sur Ozerain pour le 20e anniversaire de la pâques de Marie de la Trinité le 9 octobre 2000. Sr. Christiane Sanson en a écrit l’émouvant compte-rendu.

Comme nous vous l’avions annoncé, notre second pèlerinage à Flavigny a eu lieu le 9 octobre 2000. Ce fut une belle rencontre dans la foi, l’action de grâce et l’amitié. Pour ceux qui n’ont pu s’y joindre, nous avons tenu à en faire une relation fidèle et détaillée.

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Village de Flavigny

Quatre prêtres, membres de l’Association, étaient parmi nous : le Père Georges Chantraine. le Président de l’Association, grand ami du Père Hans Urs von Balthasar, qui vient de lancer celle « Cardinal Henri de Lubac » destinée à faire connaître l’héritage doctrinal et spirituel de ce grand théologien ; le Père Jacques Legoedec, curé de Saint-Eloi, qui accueille nos rencontres dans les locaux de sa paroisse, l’initiateur de ces pèlerinages avec Marie-Thérèse Nourissier-Sobesky ; Mgr Charles Molette, grand historien de l’Eglise de France et fondateur de l’Association des Archivistes de l’Eglise de France ; le Père Jean-Pierre Beauté, petit cousin de Mère Saint Jean, curé de Maîche, après avoir été vicaire épiscopal chargé des religieuses dans le diocèse de Besançon. Etaient également parmi nous plusieurs neveux et nièces de Marie de la Trinité, quelques autres membres de l’Association et les amis qu’elle conserve à Flavigny.

La journée fut dense, plusieurs amis ayant pris le T.G.V. qui arrive à Montbard vers 8 heures. Ils ont été réconforté par un petit déjeuner convivial très animé où notre hôte M. Leproux s’était fait le chantre de l’histoire du pays avant de se montrer pour nous un guide improvisé mais compétent.

De là, nous partons chez les Bénédictins de l’Abbaye Saint-Joseph de Clerval qui nous offrent un beau montage audiovisuel sur leur implantation à Flavigny dans l’ancien petit séminaire diocésain où bien des Dominicaines Missionnaires des campagnes ont assuré l’intendance jusqu’à sa fermeture. C’est une émotion pour nous de voir resurgir un monastère fervent dans ce bourg où tant d’ordres religieux se sont succédé depuis le début du VII° siècle : bénédictins jusqu’à la Révolution, ursulines, dominicains puis dominicaines, depuis l’arrivée du Père Lacordaire en 1848 jusqu’au départ des dominicaines des campagnes en 1971 et au décès de Marie de la Trinité en 1980.

Au cœur de ce pèlerinage : la célébration de l’Eucharistie. Nous sommes accueillis dans l’église Saint-Genest par le Père Legoëdec qui salue très chaleureusement les paroissiens de Flavigny et présente les prêtres qui, avec lui, vont concélébrer la messe présidée par Mgr Molette. Les chants seront simples pour rester dans la tonalité de la spiritualité de Marie de la Trinité. La prière universelle sera spontanée, faite par nous avec l’intention que chacun porte au cœur, devenant ainsi la prière de tous. Lui-même nous donnera l’homélie dont nous partagerons ici, avec vous, l’enregistrement. L’Evangile du jour est celui du « bon Samaritain ». Il n’aurait pu être mieux choisi puisque la miséricorde est l’attribut de Dieu qui caractérise les fondatrices de la Congrégation : Marie de la Miséricorde, Marie de Saint Jean, Marie de la Trinité, celle que Dieu leur a prodiguée et qu’elles ont prodigué.

Homélie
Le Père Legoëdec nous rappelle le premier mouvement de cet évangile : considérer comme notre prochain celui qui a besoin de nous, qui est dans la difficulté : ici cette personne tombée sur le bord du chemin que les brigands ont laissée à moitié morte. Mais, pour être fidèle au texte, c’est le Samaritain qui est le vrai prochain de l’autre. Et il l’est devenu en accomplissant ces gestes d’attention, de pitié, de miséricorde que le texte dit exactement : « il fut saisi de compassion, il s’approcha, il banda ses plaies, il le chargea sur sa monture, le conduisit chez l’aubergiste et paya pour lui. »

L’ensemble de ces verbes saisit parfaitement cette action qui le fait devenir prochain de l’autre. La séquence de ces verbes saisit aussi parfaitement l’œuvre que le Christ accomplit. Car, selon la tradition de l’Eglise, c’est de Lui qu’elle nous parle d’abord, de l’œuvre de salut qu’il vient accomplir. Le Fils de Dieu vient et, dans cette Incarnation, II s’approche de cette humanité abandonnée au bord du chemin, laissée pour morte, qui a besoin vraiment de cette œuvre de salut, de guérison qui la restitue dans sa santé et dans sa plénitude. Il la prend en charge, il la porte lui-même. Et vous savez comment : jusqu’à l’extrême, jusqu’à la Croix et, selon les textes de saint Paul, il paye la dette, il paye la rançon.

Tous ces verbes, s’ils nous font penser à l’appel fait à chacun de nous à devenir prochain des autres, nous aident aussi à contempler l’œuvre de salut accomplie en Christ.

C’est ainsi que les paraboles, avec leur génie propre, sont portes ouvertes à tant de manière de nous insérer, de trouver notre place dans l’œuvre de salut. Comme l’aubergiste qui n’a pas eu l’initiative, mais à qui l’on confie la suite des événements. Et c’est très beau pour l’Eglise et pour notre vocation chrétienne.

Il ne faut cependant pas oublier, car ils sont bien là - même si cela ne nous plaît pas - prêtres et lévites qui sont désignés comme n’étant pas le prochain. Car ils ne vont rien voir, rien prendre en charge, rien faire. Je sais bien qu’il y a beaucoup d’explications : c’était un jour où il ne fallait pas … Mais enfin, ils traverseront l’histoire comme ceux qui n’ont rien vu se passer et qui ont changé de côté de la route.

Et Marie de la Trinité ? Quelle introduction, quelle proximité avec cette parabole de la miséricorde - avec le sens très fort de ce mot qui unit le cœur et la misère, le cœur qui porte la misère, et qui, avec ses racines hébraïques et grecques évoque même les entrailles, comme dans les béatitudes - cette parabole qui nous invite à être des hommes et des femmes de miséricorde, ayant de la compassion pour cette humanité assumée par le Christ.

Alors je vais vous lire quelques phrases de Marie de la Trinité où elle distingue comme une double face de la Très Sainte Humanité. Si j’ai retenu ce texte, c’est pour cette face de miséricorde du Christ vis-à-vis de l’humanité, mais ce ne serait pas respecter ce texte que de ne pas lire aussi la face de gloire, alors je vais vous en lire l’ensemble, qui est très beau, et qui est traversé d’une grande miséricorde pour cette humanité.

"Il y a comme une double face dans la Très Sainte Humanité du Christ :

Celle qui regarde le Père, selon la Filiation - face qui est toute perfection, splendeur de gloire en elle-même et au Père, toute pureté, toute sainteté, immobile dans une plénitude et intimité de Déité qui ne peut s’accroître — immobile aussi dans l’assomption consommée dès le premier instant, dans la vision glorieuse, dans une totale adhésion de tout elle-même à ce à quoi adhère éternellement la Personne qui l’assume - = Face intérieure, réservée au seul regard du Pare, face de pure Filiation, splendeur de perfection selon la nature, la grâce et la Déité - éclatante de la gloire du créateur et du Père, centre de convergence de la gloire du Père, du Verbe et de l’Esprit Saint, lieu d’effusion du mystère éternel -
Face d’une splendeur faite de toutes les splendeurs créées, que ne peuvent atteindre ni ternir aucune des souillures de la terre.

Puis il y a la face de la terre, qui n’est pas celle de la Filiation, mais du sacerdoce - et non celle du sacerdoce de gloire, mais du sacerdoce de la terre, celui de l’expiation et de l’immolation - = face d’humilité et de compassion, de douceur et de patience, face de pauvreté, de dénuement, d’impuissance - face cachée - face laborieuse - face obéissante et soumise à toutes sortes de dépendances - face de toutes les miséricordes - et au-delà, face méprisée et bafouée et frappée — face moquée, détestée et ensanglantée = face du sacerdoce d’expiation et d’immolation - face de toutes les douleurs, de tous les abandons, face de faiblesse et de détresse - face de l’agonie.

C’est la présence de la face glorieuse, celle de la Filiation dans la Sainte Humanité, que je regarde à la consécration du Corps - et la face douloureuse, celle du sacerdoce d’immolation-expiatrice - expiation, qui m’est présente à la consécration du Sang."

Puis, après un silence, le Père introduit la prière universelle : « Dans la mémoire de Marie de la Trinité, en ce qu’elle a accompli, en ce qu’elle demeure : que sa perception des choses de Dieu, que son grand sens de l’humanité habitent notre cœur ». A sa suite nous prions pour l’Eglise, pour les prêtres, pour la Congrégation, sa famille et les habitants de Flavigny qu’elle aimait tous - et pour celles qui nous ont quittés ces mois ou ces jours derniers : Germaine Belloy. sœur Marie-Odile Filtz, sœur Madeleine Lallement.

Une paroissienne conclut en remerciant Marie de la Trinité d’avoir aidé les habitants de Flavigny à découvrir tout le bonheur qu’ils pouvaient tirer de l’Evangile : « c’est chez elle qu’elle nous réunissait et c’est grâce à elle si aujourd’hui, je me penche souvent sur l’Evangile, car il n’y a pas de livre plus merveilleux. »

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S. Christiane Sanson et S. Marie de la Trinité - Flavigny 1974

Un repas fermier nous attend ensuite à la Grange située près de l’église. Répartis en trois tables distinctes, c’est une belle occasion pour tous de faire connaissance ou d’approfondir les relations déjà nouées.
L’étape suivante nous conduit auprès de la tombe de Marie de la Trinité.

Nos compagnons ecclésiastiques souhaitent se recueillir d’abord sur les tombes de nos fondatrices et du Père Chauvin au cimetière de notre ancien couvent.

Cependant, l’ensemble du groupe qui avait fait ce pèlerinage en 1999, se dirige à petit pas vers le cimetière communal où Marie de la Trinité avait tenu à avoir sa sépulture parmi les habitants de Flavigny. Nous nous recueillons en silence auprès de sa tombe, puis nous disons le Notre Père que Sr Christiane continue comme le faisait Marie de la Trinité : « délivre-nous du mal en nous attirant à Toi. Car c’est à Toi qu’appartiennent la sainteté, l’amour et la miséricorde. Père Saint, pas ma volonté mais la tienne. Pas ce que je veux mais ce que Tu veux. Pas comme je veux, mais comme Tu veux. Esprit-Saint, sanctifie-nous, Verbe Incarné, assume-nous, Père bien aimé, reçois-nous ». Andrée Renardet, l’une des participantes aux groupes d’Evangile que Marie de la Trinité animait autrefois, entonne le « Veni Sancte Spiritus » tel que celle-ci l’avait traduit en y ajoutant à la conclusion : « Donne-nous l’éternelle Présence, l’éternelle Joie, l’éternelle Vie. Amen, Alléluia. »
Le Père Chantraine et le Père Legoëdec qui nous ont rejoints improvisent enfin quelques mots où passent le recueillement et l’action de grâces.

Une dernière étape nous attend à Saint-Rémy, au monastère oecuménique Saint-Elie, de rite byzantin, fondé en 1974, dont Marie de la Trinité a bien connu la fondatrice, Mère Elisabeth. Mère Teresa, l’actuelle higoumène, nous y accueille auprès d’un grand feu de bois qui crépite agréablement en cet automne bourguignon déjà froid.
Un riche échange s’instaure alors. Le Père Chantraine y reprend le texte de Marie de la Trinité que le Père Legoëdec avait choisi le matin pour clore son homélie et nous dit que recevoir le Christ de son Père comme Fils, c’est recevoir le don de filiation et celui de sa miséricorde. C’est être associé ainsi par Lui à l’acte d’expiation par lequel II sauve les hommes. Ce que la foi chrétienne nous enseigne et que Marie de la Trinité nous redit. Nous sommes missionnaires d’abord en recevant la Filiation du Christ et en exerçant ainsi la miséricorde - le reste vient comme un surcroît.

Puis Mère Teresa nous résume l’histoire de la fondation de ce monastère Saint-Elie, de son extension en Roumanie au skite de la Sainte-Croix, à Stanceni, au pied des Carpathes, et de la Fraternité Saint-Elie qui groupe déjà quelques trois cents membres autour des deux monastères : des laïques surtout. La journée se clôt par l’assistance aux vêpres byzantines chantées en français par les carmélites et par la découverte des icônes qui couvrent la voute et les murs de la chapelle.

Visiblement heureux, la plupart regagnent ensuite Paris, Lyon ou Grenoble, tandis que quelques-uns s’attardent pour visiter le lendemain matin l’abbaye de Fontenay et le site d’Alise-Sainte-Reine riche en vestiges archéologiques remontant à la guerre des Gaules et à Sainte Reine, la petite martyre dont on a découvert les vestiges de la basilique qui lui fut consacrée.

Puissent de telles routes nous donner le goût de remonter aux sources.

Sr Christiane Sanson, o.p.
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